Idées reçues

Les idées reçues sur la science économique sont nombreuses…

URL courte pour cette page : scasa.co/idees-recues

Les idées reçues sur la science économique sont nombreuses, et sont alimentées, au moins en France, par une “machine médiatique” où il est plus vendeur de faire s'affronter l'économiste de gauche et l'économiste de droite, plutôt que de passer une heure à interviewer des chercheur.se.s sur leurs travaux et résultats (je rêve d'un équivalent de La Méthode Scientifique mais sur la science économique…).

En attendant, je vous propose cette liste d'idées reçues, et des éléments de débunkage.

Pour commencer, il faut avoir en tête qu'il n'existe pas de critère unique de scientificité. Cela étant, si l'on utilise le critère le plus communément utilisé, à savoir la réfutabilité poppérienne, il me semble que l'on peut dire que oui, l'économie est une science.

Mais de quoi parle-t-on exactement ?

Je ne fais pas référence aux débats économiques que vous pouvez voir à la télévision. Si, à partir de ces débats, vous pensez que la science économique n'est pas scientifique, de fait, on est d'accord. Mais ces débats ne représentent pas la science économique, bien au contraire…

Quand je parle de “science économique”, je fais référence aux articles de recherche publiés dans les revues scientifiques, aux conférences, aux séminaires et aux workshops. C'est à ce corpus-là que j'applique le critère de scientificité de Popper.

Une fois encore, s'il fallait appliquer ce critère à ce qu'on peut voir dans les médias, je rejoins l'avis général qu'il ne s'agit pas (et ne peut sans doute pas s'agir) de science.

Par ailleurs, que l'économie soit compatible avec le critère de réfutabilité n'implique pas de dire que tout va bien, et qu'il n'y a pas de problèmes. En particulier, des problèmes connus dans d'autres disciplines comme la reproductibilité ou les biais de publication en faveur de résultats positifs1) touchent également la science économique.

Dire que l'économie n'est pas une science, c'est une chose. Dire qu'elle ne peut pas être scientifique, c'est encore un argument différent.

De manière simple : pourquoi donc ne serait-il pas possible d'appliquer la méthode scientifique pour étudier nos sociétés ?

Cette manière de séparer les économistes en écoles de pensées ne permet pas de rendre compte des controverses scientifiques actuellement en cours dans la discipline. C'est cependant souvent ainsi que sont présentés les débats entre économistes dans les médias, si possible en ajoutant une dose partisane gauche vs. droite pour rendre l'opposition très spectaculaire.

Il faut bien avoir en tête qu'en dramaturgie, les récits à base de conflits sont les récits qui fonctionnent le mieux : https://youtu.be/79XJoABgQK4?t=37m2s

De fait, pour faire de l'audience, pour vendre, les médias ont tout intérêt à présenter les débats entre économistes comme conflictuels – même si, dans la réalité, les débats scientifiques sont très différents. C'est d'autant plus vrai que les économistes s'intéressant à des sujets à fort enjeux sociaux (le chômage, la croissance, l'écologie, les impôts, etc.), souvent clivants, il n'y a pas besoin d'une grosse étincelle pour mettre le feu.

Enfin, parler d'école n'a de sens que dans une perspective historique, une fois que les controverses ont été tranchés. Parler d'écoles pour le présenter est un non-sens conceptuel : https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/0953825042000256702

C'est très mal de réfléchir à base de formules journalistiques creuses :)

Déjà, distinguer les économistes en “hétérodoxes” et “orthodoxes” suppose d'utiliser une grille de lecture qui, d'un point de vue épistémologique, n'a rien d'évident.

Surtout, quand bien même on lirait les choses sous l'angle de cette grille, il est impensable d'imaginer que les économistes “orthodoxes” seraient d'accord sur tout. C'est d'autant plus le cas qu'ils représentent la grande majorité des chercheurs. Un tel degré d'unaninisme dans n'importe quel domaine scientifique serait du jamais vu (à moins, je dis ça, je ne dis rien, qu'il soit fondé sur des preuves empiriques solides – mais dans ce cas, le bon mot à utiliser c'est “consensus scientifique”).

On rappelera que dans les sciences, tous les points de ne se valent pas. Ceux qui sont prouvées par des résultats empiriques ont en effet plus de valeur que les autres.

L'argument en faveur du “pluralisme” est un sophisme du juste milieu (https://yourlogicalfallacyis.com/fr/le-juste-milieu). Le pluralisme est un concept politique, pas un concept scientifique. Quand une théorie n'a pas fait la preuve de sa justesse, il n'y a aucune raison de continuer à lui donner la moindre publicité (et sur l'argument que l'économie “mainstream” serait idéologiquement motivée ou quoi, j'aimerais qu'on m'en apporte les preuves).


1)
Au sens de : on publie en priorité des résultats où l'on montre qu'un effet existe. Les résultats du type “on a cherché mais on n'a rien trouvé” sont rarement publiés, ce qui tend à biaiser la littérature scientifique en faveur de résultats peu représentatifs.
Entrer votre commentaire. La syntaxe wiki est autorisée:
Si vous ne pouvez pas lire le code, téléchargez ce fichier .wav pour l'écouter.